Les Tranchants Vagabonds

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Les Tranchants Vagabonds

Message  Hlodwig le Dim 3 Juil - 10:55

Dans la lumière crépusculaire du jour déclinant, sous un ciel lesté de nuages gris précipitant la tombée de la nuit, un cavalier solitaire approchait de la petite ville portuaire par la route venant de l’ouest. Bien que cavalier émérite, celui-ci allait à pieds à côté de sa monture qu’il guidait par la bride, pour la simple et bonne raison qu’elle boitait et que la monter dans cet état aurait été stupide. Il lui fallait donc trouver un maréchal-ferrant pour remplacer le fer perdu afin de pouvoir reprendre la route sans perdre de temps.

Une fois de plus, sa proie lui avait échappé. La dernière piste qu’il avait suivie l’avait mené dans une bourgade au pied des montagnes vertes et s’était arrêtée là, en cul de sac, l’obligeant à repartir à zéro une fois de plus et à arpenter ce qu’il restait du royaume en espérant trouver un nouvel indice. Deux ans maintenant qu’il avait quitté la capitale à la recherche de cette personne. Deux ans qu’il arpentait le royaume dans sa quête impossible, œuvrant parfois comme mercenaire pour gagner de quoi manger et poursuivre son voyage. Deux ans que sa propre vie n’était plus qu’un souvenir, un châtiment constant pour le punir d’avoir failli à son devoir. Et en deux ans, il avait l’impression de n’avoir gagné aucun terrain sur sa proie qui lui filait toujours entre les doigts. Sa seule consolation, toute relative, est que sa proie devait vivre une vie aussi désagréable que lui. Si lui-même était obligé de parcourir les restes du royaume en tous sens pour le débusquer, c’est que sa traque avait obligé sa proie à fuir le royaume et à se déplacer constamment pour lui échapper.

Arrivant en ville, le voyageur se mit immédiatement à la recherche d’une forge, ce qui ne fut pas difficile car la ville était assez petite. Il trouva le propriétaire des lieux en train de fermer boutique, il était donc vain d’espérer repartir aux première heures du lendemain. Malgré tout, il approcha tout de même pour s’adresser au forgeron.
― Bonjour l’ami ! Mon cheval aurait besoin d’un nouveau fer très vite, j’aimerais reprendre ma route au plus tôt.
― Vous arrivez un peu tard, je ferme.
― Oui, je vois ça, mais j’aimerais vous confier mon cheval pour que vous puissiez vous mettre à l’ouvrage au plus tôt demain matin.
― Je ne fais pas écurie.
Le voyageur laissa filer un moment de silence. Cette réaction n’était guère étonnante, et même ordinaire depuis la chute du royaume. Les gens étaient nerveux n’accordaient plus leur confiance aussi facilement qu’avant.
― Dans ce cas, je reviendrais vous voir à la première heure demain. Je suis prêt à mettre le prix pour un travail rapide.
Sur ces mots, le voyageur tourna les talons, guidant toujours son cheval à sa suite, et se dirigea vers le cœur de la ville où il espérait trouver une auberge pour passer la nuit, et peut-être récolter quelques informations. Il n’avait pas prévu de faire étape dans cette bourgade au bord de l’océan, mais puisqu’il y était coincé jusqu’au lendemain, autant rendre ce temps perdu aussi utile que possible.

Quelques minutes plus tard, il laissa son cheval à l’écurie d’un établissement que l’enseigne désignait sous le nom de L’Alouette, et entra dans le bâtiment principal. Tous les regards se tournèrent vers lui un instant lorsqu’il pénétra dans la grande salle au plafond bas soutenu par des grosses poutres apparentes. Plusieurs clients étaient déjà attablés devant une choppe et certains avalaient même un repas chaud.

Le voyageur s’installa à une table libre et fit signe à la serveuse qui ne tarda pas à lui apporter une choppe en esquivant avec une dextérité née de l’habitude les mains baladeuses qui s’animaient à son passage. Le voyageur déposa deux pièces de cuivre sur la table en la remerciant et avala une gorgée de la mauvaise bière.

En quelques minutes, la choppe fut vidée et il en commanda une autre pour parler à la serveuse.
― Mademoiselle, vous qui voyez à peu près tous les gens de passage en ville, vous pourrez peut-être me renseigner. Je suis à la recherche d’un homme assez particulier, il a les cheveux blancs, coupés courts et il devrait être facile à reconnaître car il transporte une grande arbalète ouvragée, décorée d’or et d’argent. L’auriez-vous vu passer ici par hasard ?
― Vous croyez peut-être que je n’ai rien d’autre à faire ? Je suis là pour servir les clients, pas pour les dévisager !
Le voyageur plongea une main dans la bourse à sa ceinture et en sortit une pièce d’argent qu’il déposa discrètement sur la table.
― Je vous prie de fournir un petit effort de mémoire, c’est vraiment très important pour moi.

La serveuse, qui n’avait pas vu de pièce aussi précieuse depuis longtemps écarquilla les yeux un bref instant mais n’hésita pas pour ramasser promptement le précieux butin. Cela ne valait qu’une vingtaine de pièces de cuivre, mais il était de plus en plus rare d’en voir pour les habitants de basse extraction. Et quand on savait qu’une pièce d’or valait une quarantaine de pièces d’argent, certain doutaient même qu’il en reste une seule dans tout le royaume, mais les plus réalistes savaient que les quelques nobles et les riches marchants continuaient à s’en mettre plein les poches, et les brigands aussi désormais.

La serveuse sembla se laisser gagner par cet argument de poids.
― Maintenant que vous m’y faites penser, c’est bien possible que j’ai vu un gars comme ça, il y a trois ou quatre jours. Une allure pareille, ça passe pas inaperçu, surtout avec des vêtements d’une telle qualité.
― Et sauriez-vous par hasard dans quelle direction il est repartit, ou même d’où il venait ?
― Je sais pas si vous avez remarqué, mais y a pas de fenêtres dans cette salle.
― Je vois. Je vous remercie.

Le voyageur soupira légèrement tandis que la serveuse retournait à son travail. Il avait peu de chances de pouvoir suivre la trace de sa proie en se lançant à l’aveugle sur les routes, mais au moins il avait retrouvé une piste à peu près sérieuse, il pourrait donc s’avérer utile de prolonger un peu son séjour dans cette petite ville, jusqu’à récolter de plus amples informations. La serveuse avait on ne peut plus raison, Diallar ne passait pas inaperçu et quelqu’un d’autre l’avait forcément vu. Malgré son expérience de la chasse à l’homme et sa situation précaire – celle d’un gibier traqué ! – cet homme ne pouvait toujours pas se résoudre à abandonner son arme pourtant si voyante. Un sentimentalisme très étonnant de la part d’un individu habitué à tuer de sang froid, mais qui rendait un grand service au voyageur en lui permettant de le suivre.

Il avait fait ce qu’il avait à faire dans cet établissement. Le temps de vider sa seconde chope de liquide amère et il s’en irait pour passer la nuit loin de la ville.

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